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« Il
m'arrive de regarder la télévision à seule fin
de tenir en alerte et en relative activité ma
singulière faculté d'indignation. Mais il
m'arrive aussi de la regarder, que dis-je ! de
la contempler quand elle est fermée ; alors,
j'ai grande pitié de cet écran mortel et mort. »
« La
fascination des jeunes (et des moins jeunes)
pour l'informatique et particulièrement pour les
jeux vidéo me semblait tout à fait
incompréhensible jusqu'à l'instant où je compris
que tout ce système opérait de la même façon que
la pensée magique, celle-ci étant caractérisée
par l'absence de tout argument de causalité. Or,
devant l'écran, le pitonneur n'a aucune idée de
la complexité du réseau de causalités qui fait
qu,en appuyant sur un simple bouton l'écran
produit l'inattendu. C'est exactement la voie
par laquelle passe la magie pour exercer son
pouvoir de fascination. Et dire que l'on se
croit à des années-lumière de la pensée dite
primitive que nous ont révélée les ethnologues
et anthropologues de notre temps ! En réalité,
nous y sommes encore. Voilà ce que me suggérait
la vue de mes neveux, rivés aux magies de
l'écran Nintendo comme de nouveaux initiés aux
danses de leur sorcier. La pensée informatique
est au fond très proche de la pensée sauvage
dont on ne s'est pas avisé de reconnaître les
ressemblances dans les comportements des
participants.
»
« La
plus belle réussite d'escroquerie des temps
modernes est sans conteste la triple alliance
contemporaine de l'impôt, de l'assurance et de
la banque. Ces trois institutions, en guise
d'esclaves, font travailler les biens que vous
leur confiez, et l'une des trois au moins
(l'État) ne vous en rend pas même les miettes ;
les deux autres ne vous rendent presque rien par
rapport au travail que l'on y a fait faire à vos
avoirs. L'esclavage est passé des personnes aux
biens de celles-ci. C'est un grand progrès,
assurément. L'illusion qui en reste est de
croire que la mainmise, en quoi consiste tout
esclavage, a disparu. Essayez, si vous le
pouvez, de leur échapper.
»

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