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« Beau talent de polémiste. » ― Le Bulletin des Lettres
   

FRACTIONS 3

Jean Marcel

Octobre 2009

ISBN 978-2-922930-16-0

144 pages  |  21,95 $

 

 

   

PENSÉES EN FRACTIONS

Neuf ans après avoir reçu le prix Victor-Barbeau (meilleur essai) pour Fractions 2, Jean Marcel revient à l’essai avec le troisième tome de ses réflexions. Écrits sur un ton unique, les textes de Fractions 3 entraînent le lecteur par petits bonds dans une vision du monde qui est celle de la culture, de l’art, de la littérature et de la vie en général. En abordant avec la même passion la simplicité du détail quotidien et la question existentielle, ce recueil propose une étonnante mosaïque formée de cette matière et ces sujets qui font l’être humain. Fractions 3 est une pensée en mouvement qui place sans contredit Jean Marcel auprès des plus grands essayistes québécois.


Jean Marcel est médiéviste, essayiste et romancier. Après une prolifique carrière universitaire au Québec comme enseignant et chercheur, il a fait de la Thaïlande son pays d’adoption, où il continue aujourd’hui sa réflexion et son œuvre. À la fois riche et captivant, son style parvient à esquisser sans imposer, à faire sourire sans simplifier, à questionner sans embrouiller et à toucher sans jamais forcer le mot ou la phrase. Bref, sa plume est de celles qui font les grands écrivains. C’est sans doute pourquoi ses écrits ont souvent été salués par la critique : Fractions 2 lui a valu le prix Victor-Barbeau (2000), son roman Hypathie ou la fin des des dieux, le prix Molson de l’Académie des lettres du Québec (1989), et Le joual de Troie, le prix France-Québec (1973).
 


REVUE DE PRESSE

Littérature québécoise - Professions de foi En poussant un peu vers l'absurde, il serait facile d'imaginer une sorte de Bartleby de la critique. Quelqu'un de réticent, convaincu de l'inutilité de la cause qu'il croit défendre, certain d'avance de l'inutilité aussi de tout commentaire. « Je préférerais ne pas », comme le répète l'antihéros récalcitrant de la nouvelle de Melville. Y aurait-il quelque chose de plus facultatif qu'un article consacré à un objet qui lui-même est parfaitement inutile?

C'est le gouffre qui se creuse, souvent à son insu, sous les pieds de tout critique. Qu'il soit ou non récalcitrant. Et c'est ce que Gilles Marcotte et Jean Marcel, deux essayistes, deux hommes aux convictions solides, conjurent à leur façon. Ils nous démontrent l'importance, par la ferveur qui les anime, de cette chose «inutile».

« Cette petite phrase, il faut la répéter sur tous les tons, aujourd'hui plus que jamais: la littérature, le théâtre, la peinture, la sculpture sont inutiles. Ils ne servent à rien. » Sorte d'éminence grise de la critique littéraire québécoise, Marcotte, journaliste et professeur né en 1925, est déjà l'auteur d'une œuvre critique (Une littérature qui se fait, Littérature et circonstances, Le Roman à l'imparfait) qui se passe de présentation.

Inutile, mais nécessaire

Sous un titre en apparence provocateur, La littérature est inutile regroupe une trentaine d'essais et d'articles critiques parus pour l'essentiel entre 1989 et 2008, revus et remaniés pour l'occasion. À travers son regard de grand relecteur, Yann Martel, Yvon Rivard, Jean-Marc Fréchette, Émile Ollivier, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Frank Scott, Réjean Ducharme, Saint-Denys Garneau et Jean Basile s'animent. Un parti pris domine tous les autres: la littérature demeure plus que jamais nécessaire.

Pouvant lui aussi revendiquer une longue carrière de professeur de littérature à l'université, médiéviste, essayiste (Le Joual de Troie, Jacques Ferron malgré lui) et romancier, Jean Marcel nous livre quant à lui un troisième tome de ses Fractions, constitué d'extraits choisis de carnets remplis pendant une quarantaine d'années — les deux premiers avaient paru en 1996 et en 1999 à l'Hexagone.

Bon vivant un brin pessimiste, parfois grincheux et lapidaire, lecteur de San Antonio et de Cioran, Jean Marcel nous rappelle que « livre et libre ont la même racine (sans commentaire) ». On trouvera entre autres dans ces carnets un long hommage à Jean-Éthier Blais, le récit de la genèse de son roman Hypatie ou la fin des dieux (Leméac, 1989), des fragments sur la musique, un rapprochement entre Rutebeuf et Gaston Miron, un regard sensible sur l'humanité. Mais aussi des réflexions plus personnelles, notamment sur son état d'esprit après l'échec du premier référendum, qui nous donne quelques clés pour comprendre son exil en Thaïlande, loin de ce « pays ennemi » qui s'appelle Canada.

Visions de Jean Le Moyne

Si un certain nombre de choses les relient, rien ne saurait opposer davantage les deux essayistes que leurs sensibilités respectives envers la question nationale, notamment dans le jugement qu'ils portent sur Jean Le Moyne (1913-1996).

Homme de grande culture, ouvertement catholique et antinationaliste, membre fondateur de La Relève, ami du poète Saint-Denys Garneau, essayiste (Convergences, 1961) conseiller et rédacteur de discours pour Pierre Elliott Trudeau, Le Moyne, ancien sénateur libéral, a été un critique intransigeant de la société canadienne-française (et en particulier de sa littérature).

Dans le texte qu'il consacre à « Jean Le Moyne, le magnifique », Gilles Marcotte ne manque pas d'éloges pour saluer la mémoire d'un homme en qui il a reconnu un jour un modèle. En lisant les Convergences, il a tout de suite su qu'il se trouvait « devant un grand écrivain, un des rares écrivains de grande taille qui aient paru au Canada français. Cette conviction ne [l'a] jamais abandonné ».

Pour Jean Marcel, au contraire, c'est à Le Moyne « que revient le triste honneur d'avoir provincialisé la pensée, de nous avoir fait croire que le dualisme et le matriarcat constituaient notre seul lot national historique. [...] Il faut être grossier pour considérer comme un penseur celui qui se permet de dissoudre d'un coup de plume, sous prétexte de dualisme, et la grande civilisation arabe et l'immense civilisation indienne ». Plus carrément: « Le Moyne est un caricaturiste; c'est le Roger Lemelin de la pensée canadienne-française. »

De quoi illustrer à coup sûr, comme l'évoque lui-même Marcotte, « la complexité, l'infinie complexité de l'aventure humaine ». –

Littérature québécoise – Professions de foi
Christian Desmeules, Collaborateur du Devoir
LE DEVOIR, édition du samedi 31 octobre et du dimanche 1er novembre 2009

Le Bulletin des Lettres. Revue de critique littéraire depuis 1930, novembre 2009, no 685.

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