PENSÉES EN FRACTIONS
Neuf ans après avoir reçu le prix
Victor-Barbeau (meilleur essai) pour Fractions 2, Jean Marcel revient à
l’essai avec le troisième tome de ses réflexions. Écrits sur un
ton unique, les textes de Fractions 3 entraînent le
lecteur par petits bonds dans une vision du monde qui est celle
de la culture, de l’art, de la littérature et de la vie en
général. En abordant avec la même passion la simplicité du
détail quotidien et la question existentielle, ce recueil
propose une étonnante mosaïque formée de cette matière et ces
sujets qui font l’être humain. Fractions 3 est une pensée
en mouvement qui place sans contredit Jean Marcel auprès des
plus grands essayistes québécois.
Jean Marcel est médiéviste, essayiste et
romancier. Après une prolifique carrière universitaire au Québec
comme enseignant et chercheur, il a fait de la Thaïlande son
pays d’adoption, où il continue aujourd’hui sa réflexion et son
œuvre. À la fois riche et captivant, son style parvient à
esquisser sans imposer, à faire sourire sans simplifier, à
questionner sans embrouiller et à toucher sans jamais forcer le
mot ou la phrase. Bref, sa plume est de celles qui font les
grands écrivains. C’est sans doute pourquoi ses écrits ont
souvent été salués par la critique : Fractions 2 lui a
valu le prix Victor-Barbeau (2000), son roman Hypathie ou la
fin des des dieux, le prix Molson de l’Académie des lettres
du Québec (1989), et Le joual de Troie, le prix
France-Québec (1973).
REVUE DE PRESSE
Littérature québécoise - Professions de foi –
En
poussant un peu vers l'absurde, il serait facile d'imaginer une
sorte de Bartleby de la critique. Quelqu'un de réticent,
convaincu de l'inutilité de la cause qu'il croit défendre,
certain d'avance de l'inutilité aussi de tout commentaire. « Je
préférerais ne pas », comme le répète l'antihéros récalcitrant
de la nouvelle de Melville. Y aurait-il quelque chose de plus
facultatif qu'un article consacré à un objet qui lui-même est
parfaitement inutile?
C'est le gouffre qui se creuse, souvent à son insu, sous les
pieds de tout critique. Qu'il soit ou non récalcitrant. Et c'est
ce que Gilles Marcotte et Jean Marcel, deux essayistes, deux
hommes aux convictions solides, conjurent à leur façon. Ils nous
démontrent l'importance, par la ferveur qui les anime, de cette
chose «inutile».
« Cette petite phrase, il faut la répéter sur tous les tons,
aujourd'hui plus que jamais: la littérature, le théâtre, la
peinture, la sculpture sont inutiles. Ils ne servent à rien. »
Sorte d'éminence grise de la critique littéraire québécoise,
Marcotte, journaliste et professeur né en 1925, est déjà
l'auteur d'une œuvre critique (Une littérature qui se fait,
Littérature et circonstances, Le Roman à l'imparfait)
qui se passe de présentation.
Inutile, mais nécessaire
Sous un titre en apparence provocateur, La littérature est
inutile regroupe une trentaine d'essais et d'articles
critiques parus pour l'essentiel entre 1989 et 2008, revus et
remaniés pour l'occasion. À travers son regard de grand
relecteur, Yann Martel, Yvon Rivard, Jean-Marc Fréchette, Émile
Ollivier, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Frank Scott, Réjean
Ducharme, Saint-Denys Garneau et Jean Basile s'animent. Un parti
pris domine tous les autres: la littérature demeure plus que
jamais nécessaire.
Pouvant lui aussi revendiquer une longue carrière de professeur
de littérature à l'université, médiéviste, essayiste (Le
Joual de Troie, Jacques Ferron malgré lui) et
romancier, Jean Marcel nous livre quant à lui un troisième tome
de ses Fractions, constitué d'extraits choisis de carnets
remplis pendant une quarantaine d'années — les deux premiers
avaient paru en 1996 et en 1999 à l'Hexagone.
Bon vivant un brin pessimiste, parfois grincheux et lapidaire,
lecteur de San Antonio et de Cioran, Jean Marcel nous rappelle
que « livre et libre ont la même racine (sans commentaire) ». On
trouvera entre autres dans ces carnets un long hommage à Jean-Éthier
Blais, le récit de la genèse de son roman Hypatie ou la fin
des dieux (Leméac, 1989), des fragments sur la musique, un
rapprochement entre Rutebeuf et Gaston Miron, un regard sensible
sur l'humanité. Mais aussi des réflexions plus personnelles,
notamment sur son état d'esprit après l'échec du premier
référendum, qui nous donne quelques clés pour comprendre son
exil en Thaïlande, loin de ce « pays ennemi » qui s'appelle
Canada.
Visions de Jean Le Moyne
Si un certain nombre de choses les relient, rien ne saurait
opposer davantage les deux essayistes que leurs sensibilités
respectives envers la question nationale, notamment dans le
jugement qu'ils portent sur Jean Le Moyne (1913-1996).
Homme de grande culture, ouvertement catholique et
antinationaliste, membre fondateur de La Relève, ami du poète
Saint-Denys Garneau, essayiste (Convergences, 1961)
conseiller et rédacteur de discours pour Pierre Elliott Trudeau,
Le Moyne, ancien sénateur libéral, a été un critique
intransigeant de la société canadienne-française (et en
particulier de sa littérature).
Dans le texte qu'il consacre à « Jean Le Moyne, le magnifique »,
Gilles Marcotte ne manque pas d'éloges pour saluer la mémoire
d'un homme en qui il a reconnu un jour un modèle. En lisant les
Convergences, il a tout de suite su qu'il se trouvait
« devant un grand écrivain, un des rares écrivains de grande
taille qui aient paru au Canada français. Cette conviction ne
[l'a] jamais abandonné ».
Pour Jean Marcel, au contraire, c'est à Le Moyne « que revient
le triste honneur d'avoir provincialisé la pensée, de nous avoir
fait croire que le dualisme et le matriarcat constituaient notre
seul lot national historique. [...] Il faut être grossier pour
considérer comme un penseur celui qui se permet de dissoudre
d'un coup de plume, sous prétexte de dualisme, et la grande
civilisation arabe et l'immense civilisation indienne ». Plus
carrément: « Le Moyne est un caricaturiste; c'est le Roger
Lemelin de la pensée canadienne-française. »
De quoi illustrer à coup sûr, comme l'évoque lui-même Marcotte,
« la complexité, l'infinie complexité de l'aventure humaine ». –
Littérature québécoise – Professions de foi
Christian Desmeules, Collaborateur du Devoir
LE DEVOIR, édition du samedi 31 octobre et du dimanche 1er
novembre 2009
Le
Bulletin des Lettres. Revue de critique littéraire depuis 1930,
novembre 2009, no 685.

|
|
Les transactions en ligne
sont sécurisées par
 |
|
Également disponible en librairie.
|
|