Chaque homme a son secret. Pour le
narrateur de cette nouvelle, le poids du silence est trop lourd
à porter. Sa révélation est-elle celle d’un fou ? D’un génie ? À
vous de juger. Dans ce texte aux parfums anciens, Vincent
Thibault présente une histoire qui mêle subtilement l’art à
l’ésotérisme et entraîne le lecteur malgré lui dans une
narration troublante.
Vincent Thibault a d’abord été libraire et
professeur d’arts martiaux, avant de se consacrer presque
exclusivement au travail spirituel et à l’écriture. Défenseur de
ce qu’il conviendrait d’appeler l’« optimisme éclairé »,
voyageur amusé, et proche étudiant de maîtres tibétains, il
touche à des genres littéraires variés. On apprenait récemment
qu’il était par deux fois finaliste au Prix littéraire de
Radio-Canada, dans les catégories nouvelle et récit.
Ceci n'est
pas un conte de Noël. La neige recouvrant les rues et les
jardins, pâlissant le ciel, noircissant davantage les branches,
on n'attend rien du paysage figé pour plusieurs semaines. On se
consacre à une vie calfeutrée, partagée entre la lecture et la
musique. Le sommeil. La saison est propice au laisser-aller des
regards ou des gestes s'attardant sur la couverture de quelques
ouvrages. On a été surprise par l'image convulsive associée à la
nouvelle Le secret fardeau de Munch, signée Vincent
Thibault. D'où la curiosité de parler de ce petit livre.
Nous entrons dans le texte avec la même surprise que celle
éprouvée devant la bouche ouverte, narines dilatées, dents
saillantes, de l'homme criant sur la couverture brune. On a
voulu savoir pourquoi, tant de souffrance contenue dans si peu
d'espace sollicite le lecteur d'une manière aussi efficace. Les
mots proposés par le narrateur invitent à le suivre dans une
profonde réflexion sur l'art, sur les remous qu'il provoque
quand l'œuvre se révèle un mystère, fait naître de douteuses
idées chez certains. Manière détournée de nous signifier que
chaque mot contient sa part d'ombre à laquelle nous portons peu
d'attention. Le vocable " assassin " et le verbe "
ressasser " sont signalés au lecteur comme étant
particuliers : les "s" qui les composent sont autant de
sifflements serpentins dénonçant, sans que nous nous en
doutions, le vol du tableau de Munch, Le Cri. Avant
l'acte, soit l'agitation, l'auteur, Vincent Thibault, raconte la
vie du narrateur, Jehan Le Poivreclair, né sur la côte normande
« dix ans jour pour jour avant qu'on y voie le Débarquement. »
Orphelin de père et de mère, à la suite de bien des déboires,
l'adolescent deviendra le protégé de Maître Le Poivreclair de
qui, après sa mort, il héritera du nom, d'un peu d'argent,
suffisamment pour partir à Seo de Urgel, en Catalogne, où il
poursuivra ses études, bien qu'il ne fréquentât « officiellement
aucun établissement. » Durant ces longues années solitaires, le
jeune homme découvrira le fruit, « le point culminant de
l'humanité [...] son point final. »
Quand Jehan Le Poivreclair narre ses souvenirs, il est vieux, il
souffre. La fatigue fait trembler sa main, mais il doit
absolument terminer d'écrire son récit. Faire part au monde
entier de sa découverte. Il nous rappelle que ses centres
d'intérêts s'apparentent au langage, aux « sons, sur les
différents niveaux de la conscience. » Il évoquera la pertinence
du cri japonais, le kiai, que les samouraïs ont repris
jalousement à leur compte. Ainsi, d'un mot à un autre, d'une
association d'idée à une autre, il en viendra à ce qui le mine :
une « formule maudite » que lui-même imagine sans pouvoir
l'exprimer en langage clair, d'où sa confrontation avec le
célèbre tableau de Munch. Il nous dira pourquoi l'homme
pose ses mains sur les oreilles, la raison de son « expression
abominable, intolérable même. » Il remet en cause la pensée
d'autrui sur la définition du cri, sur l'impression qu'il laisse
dans la conscience chaque fois que nous examinons le tableau.
L'isolement d'un son et non la solitude du peintre, ce que
prétendent les critiques. La formule serait-elle ce que renferme
l'artiste en lui devant la toile vierge ? L'écrivain devant la
page blanche ? Pénétrer dans ce qui n'appartient plus à la vie
quotidienne. Le mystère de la création, du produit fini,
résultat d'une insatiable solitude, d'un éclair de génie...
Avant d'en arriver au vol du tableau de Munch, le narrateur
entretiendra le lecteur de l'influence du Cri dans
l'œuvre du maître, sur la fascination qu'exerce un seul tableau,
un seul livre, dans l'existence de son créateur. Il est persuadé
qu'une secte a enlevé Le Cri et La Madone, les
deux tableaux n'ont jamais été retrouvés. La question se pose :
pourquoi ont-ils été volés, aucune rançon n'ayant été exigée ?
L'amour de l'art n'étant pour rien dans cette malhonnête
acquisition. Débarrassé de son lourd fardeau, Jehan Le
Poivreclair mourra dans la dignité grâce à l'indéfectible
fidélité de son serviteur. À la fin du récit, celui-ci prendra
brièvement la parole.
Étrange et fascinante histoire qu'il faut consommer à petites
doses, puis se laisser porter, si cela est possible, vers un
probable ésotérisme, lien invisible qui interroge le lecteur sur
ses capacités à aborder l'indicible. Les mots, les images que
l'oreille ou l'œil captent, façonnent des artefacts se
présentant ponctuellement à l'esprit. Texte savant et marginal,
audacieux et fantaisiste, balayant d'un revers de la main les
idées préconçues qui nous enchaînent à un quotidien parfois
insipide...
À lire, en se réjouissant qu'un jeune auteur ait eu le courage
de dévier d'une trajectoire tracée d'avance. On salue le courage
de l'éditeur de publier de tels bijoux précieux dans le courant
impétueux, parfois essoufflant, de l'édition actuelle. –
DOMINIQUE BLONDEAU, MA PAGE LITTÉRAIRE,
23 DÉCEMBRE 2009
Autre bon coup : Le secret fardeau de Munch, signé
Vincent Thibault. Petit livre. Petite nouvelle. Grandes
réflexions. Ici, on se surprend à savourer les mots par petites
doses. On le déguste tout en se posant des questions sur notre
propre quotidien. Ambitieux, mais aussi audacieux, le jeune
auteur nous plonge dans une histoire de mystères qui entourent
une œuvre d’Art. Fascinant et imprévisible. J’aime beaucoup! Un
jeune auteur à suivre ! –
CULTURILS,
24 MAI 2010
J’ai adoré! Le secret fardeau de Munch contient
réellement tous les éléments d’une bonne nouvelle! J’encourage
non seulement les auditeurs à se procurer ce petit livre, mais
j’invite aussi les enseignants à le mettre au programme. […] »
– Jean-Denis Côté, animateur Portrait de société, radio CRKL
89.1 FM à Québec
Visionnez la
bande-annonce de Le secret fardeau de Munch