LE
RÉCIT
Dans ce récit fragmenté, le lecteur entre dans l’univers de
douze personnages à la personnalité singulière surpris à un
moment décisif de leur vie. Douze destins qui se recoupent et
s’éclairent mutuellement à travers des histoires : d’amour, de
peine, de joie. Douze histoires indépendantes, mais qui se
révèlent, au fil des chapitres, autant de pièces d’un casse-tête
qui forment un grand tout, un portrait de famille qui rend
compte de combats humains pour le bonheur, la survie et l’amour.
Hélène Custeau est une passionnée
de littérature. Cette passion l’entraîne vers l’étude des
lettres et elle obtient un doctorat en création littéraire en
2007. Elle signe une série dramatique pour la télévision, Le
Cerisier (1979), et une dramatique à la radio de
Radio-Canada, Stationnement interdit (1981). En 2001,
elle publie une nouvelle intitulée L’Air du temps dans la
revue XYZ. Finaliste au Prix littéraire de Radio-Canada
avec son récit La Cadillac rose, elle publie en 2008 son
premier roman : Comme si de rien n’était.
Avec Tant qu’il y aura des
rivières, elle livre un roman fragmenté qui entraîne le
lecteur dans un kaléidoscope des tristesses et des joies
humaines.
REVUE DE PRESSE
Sentiments en débandade
Sortant du cinéma avec un ami, celui-ci était bouleversé par le
sujet dramatique du film. Assis à une terrasse, nous étions
silencieux, presque tendus. Alors qu'on ne s'y attendait pas,
l'ami s'est mis à pleurer doucement, des larmes rondes coulaient
sur ses joues jusqu'à son menton. Étant d'une génération où les
hommes ne devaient pas dévoiler leurs états d'âme, on a été
touchée par la sincérité avec laquelle l'ami mettait à nu ses
émotions. On termine de lire le deuxième roman de Hélène Custeau,
Tant qu'il y aura des rivières.
Douze individus, hommes et femmes, morcellent le récit. Ils se
sont aimés, se sont quittés, parfois regrettent de s'être
laissés emporter par une décision impulsive. Lassitude ou
colère. Naïveté de penser qu'un être différent se montrerait
plus compréhensif et complice. Ultime erreur qui pousse au geste
fatal ; amère déception qui écarte l'amour, jamais atteint, dans
ses retranchements. Tout d'abord, nous faisons connaissance avec
Lisa, vingt-sept ans. Hospitalisée, elle a fait une tentative de
suicide après que son amant, Antoine, l'a quittée. Dans la même
chambre, Réjeanne, femme de ménage de deux cents livres, occupe
l'autre lit. Elle s'est trompée dans le décompte de ses
tranquillisants, se lamente sur l'absence de son fils. La parole
est à Antoine, séducteur invétéré, qui se défend d'aimer Lisa.
Chez elle, Réjeanne a préparé un repas pour fêter son
soixantième anniversaire. Encore une fois son fils s'est défilé.
Désespérée, elle oscille entre la boulimie et le chant italien.
Puis, intervient Mona qui apprend qu'elle a un cancer du sein.
Elle a quitté Gabriel qui vit comme un « sauvage » en Abitibi.
Ensemble, ils ont eu deux enfants, Lisa et Francis. Elle tient
un salon de coiffure, s'est associée à Kevin, coiffeur comme
elle. Francis se réveille dans sa chambre minable, le cœur
nauséeux de son « bad trip ». Sa copine, Nahima, le prévient
qu'ils n'ont plus un sou, que le frigidaire est vide. Kevin est
chez Mona. Il hésite entre prendre soin de sa patronne, qui
dépérit à force de chimiothérapie, et son vieil amant. Dans le
cabinet du docteur Demers, Lisa lui annonce qu'elle ne reviendra
plus. Elle est guérie, elle a un nouvel amant. Fou amoureux
d'elle, docteur Demers remettra sa profession de psychanalyste
en question. Catherine, journaliste, amie de Lisa, accorde une
entrevue au premier ministre, imaginaire, du Québec. Une satire
sans complaisance sur le comportement infatué d'un homme
politique. Olivier, violoniste, bénévole dans l'hôpital où ont
été soignées Lisa et Réjeanne, patiente en pleine chaleur
caniculaire : un ex-soldat de la guerre en Afghanistan menace de
se lancer du pont de Québec. Sur l'autoroute bloquée, il se
liera avec un autre Olivier. Hilarant et grinçant. Nahima a été
rejetée par Francis quand elle lui a appris sa grossesse. Triste
réflexion d'une jeune femme du Grand Nord sur sa condition
d'exilée à Montréal. Gabriel a cinquante ans, vit toujours en
Abitibi. Amant de Linou, enceinte de leur enfant. À la veille
d'une tempête de neige, son fils Francis lui apporte une lettre
de la part de sa mère Mona. Farouche confrontation muette entre
le père et le fils qui se détestent. Linou ferme le roman. Sur
le point d'accoucher de leur fils Élie, au début de l'été,
anxieuse, elle attend Gabriel dont le Cesna a disparu depuis un
mois.
Si on a énuméré brièvement les personnages qui composent le
roman, c'est pour insister sur le fait qu'ils appartiennent à un
monde que chaque jour nous côtoyons. Leur existence se découpe
en sédiments fragmentaires, tous ayant eu le temps de se nourrir
de leurs propres échecs. Mais aussi de l'amour qui les a portés,
en a fait des êtres à part. Aimer équivalant à une exception.
L'auteure, Hélène Custeau, ne s'y est pas trompée en les campant
orgueilleux, révoltés, combattant, acharnés, leurs démons
intérieurs, leur accordant une importance d'humains
contradictoires, rarement apaisés, luttant contre des
frustrations que génère l'inaccomplissement de certains rêves.
Docteur Demers cite l'ombre de celui qui l'habite, nous habite
tous : l'exaspérant Mr Hyde. Des détails récurrents, comme les
yeux bleu turquoise de Lisa, tissent une toile gluante et
translucide de laquelle les protagonistes ne savent se dépêtrer.
Dépendants d'un passé trop lourd, ils essaient d'enfouir au plus
profond de leur conscience des agissements tronqués d'erreurs de
jeunesse. Comme Mona qui a quitté Gabriel et qui l'aime
toujours. Comme Olivier qui croit ne pas avoir été suffisamment
attentif à sa femme avant qu'elle se suicide. Hélène Custeau a
sondé des êtres en proie à une tardive maturité ou face à la
mort inéluctable. Les expériences qu'ils ont traversées se
projettent dans le courant précipité de la vie, toujours en
mouvement. D'où l'insigne du titre, se rattachant à une chanson
de Jean Leloup. La solitude qui les empêche de renouer
pleinement avec eux-mêmes s'imprègne d'un désespoir à la limite
de la folie, d'un manque de confiance les empêchant d'assimiler
leur fourvoiement. Pourtant, la vie n'est-elle pas la plus
forte, symbolisée par la naissance de l'enfant de Linou ? « Car
voilà Élie » mentionne prophétiquement l'auteure, comme elle
aurait pu écrire : Voici l'homme...
Roman émouvant et généreux que nous offre Hélène Custeau.
Généreux, parce que la vie sous toutes ses formes y coule
abondamment. Observatrice attentive et lucide, l'auteure trempe
sa plume poétique, acérée et tranchante, dans un courant d'encre
qui ne cesse d'alimenter des sentiments en débandade, la
détresse de personnages en déroute. Aucune conclusion
moralisatrice ne ternit le récit. La vie continue, telle une
rivière finit par se jeter dans l'océan...
–
DOMINIQUE BLONDEAU,
MA PAGE LITTÉRAIRE, 14
NOVEMBRE 2011
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